Jazz et Altérités de la Modernité Musicale

Responsable : Philippe Michel
Membres : Guillaume Gilles, Guillaume Loizillon, Philippe Michel, Frédéric Saffar, Yves Torchinsky

Présentation scientifique

Au cours du XXe siècle, sont apparus en Europe et aux États-Unis d’Amérique un certain nombre de bouleversements culturels et artistiques découlant aussi bien de l’apport de cultures géographiquement distantes que du développement local de cultures et pratiques alternatives, à commencer par le jazz. À cette nouvelle donne culturelle et territoriale, il convient également d’ajouter le rôle considérable joué par le développement des techniques du son et de l’image que la fin du XIXe siècle a inauguré.

La traversée du XXe siècle a également été marquée par un vaste ensemble de mouvements d’avant-garde (Futurisme, Dada, constructivisme, surréalisme, etc.) qui contribuèrent à la composition de ce territoire nouveau.

À l’heure de l’effrangement des avant-gardes, de la généralisation des technologies numériques et de la mondialisation, ces cultures nouvelles, et les pratiques qui en découlent, ont fait apparaître de nouvelles formes d’expressions artistiques. C’est cette pluralité, et plus précisément les pratiques musicales récentes qui lui sont liées, que ce regroupement thématique de chercheurs entend questionner.

Mais ce questionnement ne pourrait se faire sans une réflexion conjointe sur les méthodes d’approche des musiques étudiées, c’est-à-dire sans le développement d’une musicologie adaptée à son objet.

En effet, le plus souvent (en Europe du moins), les formes musicales de modernité dont il est question ici sont abordées selon des modes de pensée non nécessairement adaptés à leur objet, puisque fondés sur des outils plus spécialement forgés en vue de l’examen de la musique occidentale « légitime » (Ellington, 1938).

Or, ces formes de modernité-là ont précisément remis en cause la suprématie de tels modes de pensée dominants, soit à partir d’une critique venue « de l’intérieur » (comme les avant-gardes historiques l’ont fait en leur temps), soit à partir du développement et de l’expansion « parallèle » de cultures d’origine populaire jusqu’alors non reconnues par la culture dite « savante » (autrement que selon une opposition convenue savant / populaire ; c’est le cas du jazz, du moins à l’origine, et plus généralement aussi celui des musiques afro-américaines et du rock).

Il s’agira ainsi de développer la recherche selon plusieurs axes destinés à se féconder les uns les autres :

- Les recherches dans le domaine du jazz et de la culture musicale afro-américaine dont la survenue dans l’espace culturel occidental a contribué (avec la découverte des cultures musicales non-occidentales) à ouvrir, au XXè siècle, la création musicale à « la musique de l’Autre » (Aubert, 2001).

- Les approches musicologiques nouvelles s’attachant à comprendre et dépasser les traditionnelles divisions populaire/savant, commercial/non commercial, et plus largement toutes les catégories esthétiques conduisant à perpétuer une vision hiérarchisée de la musique héritée du passé.

- D’autre part, les recherches sur d’autres formes de modernité musicale, aussi bien celles que l’on range parfois un peu rapidement sous la bannière des « musiques populaires modernes » que celles issues d’une approche alternative de l’héritage musical dit « savant ».

 

Objectifs de recherche à moyen terme

L’un des axes de recherche prioritaires de ce groupe de chercheurs se situe sur une ligne de porosité de plus en plus avérée entre le « savant » et le « populaire », non pas pour en explorer encore les démarcations ou au contraire en entériner (heureusement ou malheureusement) la disparition, mais pour en proposer des articulations différentes. Explorer le caractère « savant » du « populaire », c’est-à-dire ses langages, ses techniques, ses investissements en connaissance musicale, semble en effet un point de départ important et fondateur d’une musicologie qui, souvent, se confronte à d’autres discours issus des sciences humaines ou sociales, lesquels ont occupé un terrain que la musicologie « traditionnelle » a négligé.