Paysage, environnement, milieu, ambiance… art et complexité

Journée d’études
18 février 2017, Institut National d’Histoire de l’Art
Dans le cadre du séminaire doctoral EDESTA "Art, écologie, complexité" et du projet Labex Arts H2H "Arts, écologies, transitions"
Responsables : Roberto Barbanti, Makis Solomos

Paysage, environnement, espace, milieu, ambiance, situation… : autant de mots pour décrire ce qui « entoure », classiquement, l’œuvre d’art, mais qui, de plus en plus, apparaît comme indissociable de son élaboration. En effet, si tournant écologique de l’art il y a, c’est bien dans cette volonté de ne plus opposer objet et processus, intériorité et extériorité, résultat et conditions…, en définitive art et monde. Mais un paysage (visuel ou sonore) est-il la même chose qu’un environnement (naturel ou technique…) ? Peut-on préférer l’expression « milieu », qui renvoie, dans une certaine mesure, à l’éthologie ou à la mésologie ? Quelles sont les spécificités des projets artistiques in situ ou en situation ? Autant de questions auxquelles ces journées d’étude tâcheront de répondre au regard de la notion de complexité qui est importante à prendre en compte. Plusieurs arts seront convoqués – musique et arts sonores, arts visuels, danse… – tant dans leur spécificité que dans leurs interrelations.

 

9h30-18h, INHA, Salle Benjamin (2 rue Vivienne, 70002 Paris)

 9h30. Roberto Barbanti (TEAMeD/AIAC, Université Paris 8), Makis Solomos (MUSIDANSE, Université Paris 8) :Paysage, environnement, milieu, ambiance… art et complexité

 10h.15 Makis Solomos (MUSIDANSE, Université Paris 8) : Du “son” aux paysages, milieux, ambiances… sonores

Cette communication invitera à une approche du phénomène sonore comme tissu de relations. Critiquant la notion d’objet sonore telle qu’elle s’est établie grâce à la fixation que permet l’enregistrement, elle développera les caractéristiques du son qui convergent vers l’approche relationnelle : le son est événement ; synonyme de forme d’énergie et déterminé par sa complexité, il naît par émergence ; il se présente comme phénomène holistique, immersif et inclusif. En somme, il y a indissociabilité entre l’objet qui vibre, le milieu dans lequel la vibration se propage et le sujet qui écoute. C’est sans doute pourquoi la recherche actuelle – tant en musique ou dans les arts sonores que dans les disciplines qui s’intéressent au son, des sound studies aux études d’écologie environnementale, en passant par les arts de la scène, la géographie, l’urbanisme, l’architecture, le design…) – tend, d’une manière implicite, à dépasser le concept de son au profit d’expressions composées. Parmi ces expressions, si les notions d’« espace » ou d’« environnement » sonores semblent utilisées par défaut, trois autres mettent en avant l’approche relationnelle, chacune à sa manière : les « paysages sonores », qui privilégient le regard (analytique) ; les « milieux sonores », qui penchent pour une relation immersive ; les « ambiances » et « atmosphères » sonores qui insistent sur la modalité sensible.

 11h. Catherine Chomarat-Ruiz (Université de Valenciennes et du Hainaut Cambrésis) : La complexité du Digital Land Art

Héritiers conscients ou involontaires du Land Art des années 60, certains artistes du numérique s’intéressent au paysage, à l’environnement (faune et flore), voire aux météores tels que les brouillards, les vents violents, les cyclones...Dès lors, ils ne composent plus une œuvre in situ, entourée ou installée dans ce type de milieux puisque ce sont ces milieux et les sensations qu’ils provoquent qui, via l’artifice de la technique, sont recréés. À travers une série d’œuvres issues du Digital Land Art, nous interrogerons la signification esthétique de ce renversement.

 11h.45. Joanne Clavel (MUSIDANSE, Université Paris 8) : De la vie à l’art une pensée de l’altérité au delà de l’anthropos chez Lia Rodrigues

Face à l’écocide actuel, une création artistique « écologique » exigerait avant tout d’être cohérente avec l’ensemble des vivants aussi bien dans ses processus de production et de diffusion que dans ses processus de création. Une détermination selon l’espace où se présenterait l’œuvre passerait à côté des enjeux écologiques que le monde de l’art doit relever. À partir du travail chorégraphique de Lia Rodrigues nous verrons comment cette artiste a entrecroisé tout au long de sa carrière chorégraphique cette question de l’écologie. C’est principalement par l’exigence d’une éthique de l’autre que son travail à questionner tour à tour les inégalités sociales, le perspectivisme, le colonialisme, le féminisme. Cette éthique de l’autre se déploie à différentes échelles de la planète que nous tâcherons de développer. Ainsi, Lia Rodrigues réussit à faire milieu tant dans le monde de la danse contemporaine mondialisée, en proposant une esthétique engagée qui recrée des ambiances immersives (favelas, communautés indigènes, collectifs de vivants) que dans le collectif de sa compagnie qui s’ancre au cœur de la plus grande favelas de Rio : Mare.

 12h30. Pause

 14h30. Christine Guillebaud (CREM-LESC, CNRS) : Anthropologie des mondes sonores

Entrer en relation, démarquer l’espace, transformer. Une réflexion sur les notions utilisées en ethnomusicologie et en anthropologie pour aborder les mondes sonores en situation.

 15h15. Elisavet Kiourtsoglou (École Nationale Supérieure d’Architecture Paris Malaquais) : L’oreille de l’architecte : (re)découvrir l’espace par l’exploration de l’environnement sonore

Pendant l’enseignement intensif à ENSA Paris-Malaquais (7-13 février 2017) que nous encadrons, les étudiants auront la possibilité d’explorer, enregistrer et utiliser le paysage sonore d’un certain quartier de la ville de Paris (Place des Fêtes) comme agent actif dans le processus de création d’un espace de rassemblement au même lieu. Nous nous concentrons sur l’analyse et le passage des données sonores en maquettes conceptuelles, en explorant des pratiques musicales et architecturales (spatialisation du son, décor du son, installations sonores, acoustique d’espace). Une sélection de projets rendus par les étudiants sera présentée et commentée lors de notre intervention dans la journée d’études.

 16h. Jean-Paul Thibaud (CNRS, CRESSON / UMR Ambiances) : Pour une écologie ambiante

Que gagne-t-on à développer une écologie ambiante et à introduire la catégorie de l’ambiant aux côtés de celle de paysage ou de milieu ? En se posant cette question, il s’agira de faire valoir la puissance heuristique et la portée opératoire de la notion d’ambiance en matière d’expérience ordinaire. Outre sa capacité articulatoire, l’ambiance permet de rendre compte de l’émergence d’une sensibilité atmosphérique de l’ordre du diffus, du discret et de l’infra.

 16h45. Discussion

 Modération : Kostas Paparrigopoulos (Université des sciences appliquées de Crète), Carmen Pardo Salgado (Université de Girona)