L’éthique du son / The Ethics of Sound

Journées d’études internationales / Interrnational Symposium
22 avril 2017, Paris
28 avril 2017, Athens
Dans le cadre du séminaire doctoral EDESTA, du projet Labex Arts H2H et du projet ECOS-Sud avec le Chili
Responsables : Roberto Barbanti, Makis Solomos

Français. Le son accompagne aujourd’hui la vie des hommes comme il ne l’a jamais fait auparavant : du fait de la généralisation des moyens de reproduction sonore, notre environnement sonore s’est considérablement accru, pour le meilleur comme pour le pire. De même, dans la musique, la dimension proprement sonore est devenue – à travers les questions du timbre, du bruit ou de l’espace et du lieu, et grâce au développement intense des technologies du son – la dimension première du musicien, compositeur ou interprète, ainsi que de l’auditeur. C’est pourquoi les musiciens et les artistes sonores, tout comme les musicologues, les anthropologues, les sociologues, les philosophes… de la musique développent une nouvelle conscience du son, de sa présence accrue ainsi que des implications de cette présence. Il est notamment question de la force et de l’impact du son sur l’environnement naturel, sur le milieu social ainsi que sur l’individu – tant sur son corps que sur son psychisme. Cette prise de conscience oriente les recherches vers une éthique du son et de la responsabilité de l’artiste. On pourra penser à l’utilisation de la musique et du son dans la vie quotidienne : à leurs usages thérapeutiques, mais aussi à la pollution sonore ou au lavage de cerveau des environnements sonores artificiels (publicités, environnements virtuels…). On pensera également aux situations extrêmes : utilisation de la musique et du son à des fins de torture, bombes sonores… Bien entendu, la question se pose avec tout autant de force dans les projets artistiques mêmes. Force de subjectivation, de construction du sujet, le son peut tout autant être mis au service de la désubjectivation, de la dissolution du sujet. Il est donc important que les acteurs de la musique et des arts sonores en prennent conscience et développent ce débat éthique.

English. Nowadays, sound accompanies people’s lives as never before. As a result of widespread means of sound reproduction, our sonic environment has vastly increased, for better or for worse. Likewise, music’s strictly sound dimension – through questions of timbre, noise, space and location, and due to intensive development of sound technologies – has come to the foreground for musicians, composers and performers, as well as for the listener. For this reason, musicians and sound artists, along with musicologists, anthropologists, sociologists, and philosophers (etc.) of music are developing a new awareness of sound, of its increased presence, and the implications of this presence. The underlying issue is the force and impact of sound on the natural environment, on the social milieu, and on the individual’s body and psyche. This growing awareness is steering research towards an ethics of sound, and the artist’s responsibility. Examples include the use of music and sound in daily life, from therapeutic applications to sound pollution or brainwashing by artificial sonic environments (advertising, virtual environments…). Extreme situations also come to mind, such as the use of music and sound for torturing, or such as sonic bombs… It goes without saying that the question is just as pertinent regarding artistic projects. As a powerful factor in subjectification, i.e. the construction of the subject, sound can be equally harnessed for desubjectification, the dissolution of the subject. It is therefore important that players in the realm of music and sound arts tackle and develop this ethical debate. 

This symposium is dedicated to the commemoration of the 50th anniversary of the Greek coup d’état. / Ces journées sont dédiées à la commémoration du 50ème anniversaire du coup d’État des colonels grecs. / Αφιερώνεται στα 50 χρόνια του πραξικοπήματος της 21 Απριλίου.

 

L’éthique du son 1.

22 avril 2017, INHA (2 rue Vivienne, 70002 Paris), Salle Benjamin, 9h30-18h

9h30. Roberto Barbanti, Makis Solomos : Introduction 

10h15. Carmen Pardo : Paysages sonores en/de guerre : esth(é)thique

Le jeune Friedrich Nietzsche se demandait pourquoi dès l’Antiquité la musique a été mise en rapport avec l’ethos et pourquoi, finalement, notre sensibilité artistique est, en même temps, une sensibilité morale. Ces questions, encore ouvertes, prennent toute leur ampleur quand on interroge le rapport des sons avec la violence. La composition de paysages sonores et d’œuvres musicales à partir de l’enregistrement de sons de paysages en guerre permet de poser des questions éthiques et esthétiques qui essayent d’offrir une réponse possible aux questions posées par le philosophe allemand. Ces questions seront abordées en tenant compte de deux œuvres : Fichu Printemps de Christine Renaudat et Concerto Grosso Balcanico d’Arsenije Jovanovic.

Carmen Pardo Salgado est Professeure d’histoire et d’esthétique de la musique à l’université de Girona (Espagne). Elle est l’auteur d’Approche de John Cage. L’écoute oblique  ; Robert Wilson (anglais/espagnol en collaboration avec Miguel Morey) ; Las TIC : una reflexión filosófica et En el silencio de la cultura. Actuellement, elle travaille sur un livre à propos de la voix et de son écologie.

11h15. Pause

11h30. Agostino Di Scipio : Crise du sonore ? Quelques annotations

12h30. Pause déjeuner

14h. Juliette Volcler : Comment le son devint un outil comportementaliste

Nous assistons, en ce début de XXIème siècle, à une transformation de l’espace public par le développement de la signalétique, du marketing et de la répression sonores. La métamorphose se fait par touches successives, presque par inadvertance, sans débat public, mais son impact social et politique est profond. Se met ainsi en place une géographie acoustique, tour à tour attrayante et répulsive selon les personnes, les lieux ou les moments. Ces usages du son trouvent leur origine commune dans la rencontre, au cours de la première moitié du XXème siècle, entre la psychologie comportementaliste et l’industrie du son ou de la musique. Si le comportementalisme des débuts a depuis été détrôné par d’autres écoles de pensée, il est néanmoins demeuré au cœur des usages commerciaux et policiers du son jusqu’aujourd’hui. Retour sur les grandes étapes de la fabrication du son qui « modifie le comportement » au fil du siècle dernier.

Juliette Volcler est chercheuse indépendante. Elle est l’autrice des essais Le son comme arme. Les usages policiers et militaires du son (éditions La Découverte, 2011) et Contrôle. Comment s’inventa l’art de la manipulation sonore (co-édition La Découverte / La Philharmonie de Paris, 2017). Elle assure la coordination éditoriale de la revue de critique sonore Syntone.

15h. Luis Velasco-Pufleau : Musique, violence et résilience : vivre après l’attentat terroriste du Bataclan

Ma communication explore le rôle du son et de la musique dans la mémoire et les processus de résilience engagés par des rescapés et des proches des victimes de l’attentat terroriste du Bataclan. Partant d’une enquête ethnographique menée depuis avril 2016, j’examine tout particulièrement les transformations des habitudes d’écoute et des pratiques musicales des rescapés en rapport avec l’expérience sensorielle de la violence terroriste. Les sons et la musique pouvant être associés à la vie ou à la mort, au trauma ou à la résilience, ces transformations mettent en lumière la façon dont les personnes vivent et transforment leur expérience sensorielle de l’attentat. Ceci nous rappelle avec force qu’en définitive aucun son n’est innocent.

Luis Velasco-Pufleau est musicologue et musicien. Docteur en Musique et musicologie (Université Paris-Sorbonne, 2011), il a été Balzan musicology visiting fellow à l’Université d’Oxford et chercheur post-doctorant à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et à l’Université de Salzbourg. Il est chargé de cours à l’Université Bordeaux Montaigne et secrétaire de rédaction de la revue Transposition. Musique et sciences sociales (EHESS / Philharmonie de Paris).

16h. Pause

16h30. Makis Solomos : 21 avril 1967. Que peut la musique ?

Le coup d’État dit des Colonels, qui eut lieu en Grèce il y a cinquante ans, partage de nombreuses caractéristiques avec les autres coups d’État menés, pendant la Guerre froide, par la CIA et les potentats locaux. À la suite des travaux pionniers de Suzanne Cusick, des musicologues (Katia Chornik pour le Chili de Pinochet, Anna Papaeti pour la Grèce…) ont récemment étudié comment, dans ces dictatures, la musique et le son ont été utilisés d’une manière violente pour produire ce que l’on pourrait appeler une désubjectivation des individus. Dans ma communication, j’aimerais traiter du thème plus classique, à savoir la situation inverse : comment la musique peut – parfois – devenir force de subjectivation, comment elle peut – parfois – aider l’individu qui a subi une grande souffrance physique ou psychologique à se reconstituer et à résister, comment elle peut être force de consolation…

Professeur de musicologie à l’université Paris 8, Makis Solomos, spécialiste de Xenakis, a publié de nombreux travaux sur la création musicale actuelle. Son dernier livre, De la musique au son. L’émergence du son dans la musique des XXe-XXIe siècles analyse une mutation importante de la musique moderne. Il achève actuellement un livre sur l’écologie du son.

17h30. Débat

Concert

22 avril 2017, Mairie de Gennevilliers (177 Avenue Gabriel Péri), Salle des fêtes, 20h

Alexandros Markeas : Ypokosmos, oratorio des bas-fonds

Une composition résolument contemporaine pour évoquer le rebetiko, musique des marges, des laissés pour compte et des musiciens errants, divertissement des pickpockets, des mendiants ou des réfugiés. Ces musiques des sans-espoir issues des bas-fonds athéniens des années 1920 expriment encore aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, l’état d’esprit d’un peuple qui s’enfonce progressivement dans la misère et la réalité d’une conscience collective qui se pense comme un acte de résistance.

https://youtu.be/M9czpVhSD8o

Musique : Alexandros Markeas. Soprano : Gaëlle Méchaly. Mezzo-soprano : Sylvia Vadimova. Baryton : Philippe Cantor. Percussions : Florent Jodelet, Vassilena Serafimova. Accordéons : Myriam Lafargue, Pierre Cussac. Piano : Julien Le Pape. Mandoline : Florentino Calvo. Trois choeurs d’enfants, d’adolescents et d’adultes. Ensemble de plectres l’Estudiantina d’Argenteuil. Direction : Marc Desmons

Katerina Fotinaki : SPELL (Conjuration), Un spectacle – antidote au désespoir

« Avec l’humour profond qui la caractérise, Katerina Fotinaki nous transporte dans les pouvoirs surnaturels de la musique. Pour tromper son désespoir, elle en appelle à l’incantation originelle du théâtre et de la poésie. Un secret contre le malheur auquel elle nous invite avec une simplicité contagieuse, nous rappelant sans bruit la merveilleuse liberté et agilité de pensée de la philosophie grecque » (Armel Veilhan).

« Alternant épisodes nostalgiques, folie douce et désaliénation, la belle hellène a découpé son set en six chapitres, construits comme une véritable histoire de vie, un cheminement autant musical que littéraire, appuyant son propos de poèmes scandés comme une prière. Le charme a des accents féminins. Entre sorcellerie artistique, textes prophétiques et humour grec, Katerina Fotinaki fait des ravages » (Géraldine Cognard – Gross).

http://katerinafotinakispell.blogspot.gr/2016/01/spell-conjuration.html

Katerina Fotinaki : Voix, guitare, percussions, compositions. Dine Donnef : double basse , percussions. Evi Filippou : marimba, percussions. Louise Jallu : bandonéon

 

The Ethics of Sound 2. Music and Dictatorship

Attention : date change

April 28, 2017. SFEA (Parko Eleftherias, Athens), 18h-22h

Conferences, testimonies and discussions for the commemoration of the 50th anniversary of the Greek coup d’état.

Ομιλίες, μαρτυρίες και συζητήσεις για τα 50 χρόνια του πραξικοπήματος της 21 Απριλίου

Katia Chornik : Musical commemorations of the 40th anniversary of the military coup in Chile / Μουσικά αφιερώματα στα 40 χρόνια του στρατιωτικού πραξικοπήματος της Χιλής

Άννα Παπαέτη : Ηχοτοπία του τρόμου στα κρατητήρια της Χούντας (1967-1974)

Μάκης Σολωμός : Οι Νύχτες της δικτατορίας. Η μουσική αφιέρωση του Ξενάκη στους παλιούς του συντρόφους / The Nights of the dictatorship. Xenakis’ musical dedication to his former comrades

Περικλής Κοροβέσης

Νατάσσα Παπαδοπούλου : Τα τραγούδια της φυλακής του Πάνου Τζαβέλα / Panos Tzavelas’ Songs of prison

Πάνος Χαραλάμπους : AQUIS SUBMERSUS ("στο νερό βυθισμένος, πνιγμένος")