Ecrire en commun(s). Arts, écologies transitions

2020
Projet ArTeC
Responsables : Roberto Barbanti, Isabelle Ginot, Makis Solomos, Cécile Sorin

Le projet souhaite mettre en œuvre une véritable écriture en commun(s) pour la rédaction d’un livre et d’un site internet sur le tournant écologique de l’art. Nous proposons d’utiliser la notion de transition – bien connue dans la sphère de l’écologie politique – pour aborder des évolutions qui ne relèvent pas des mutations ou ruptures qu’il est d’usage d’étudier dans l’art moderne ou postmoderne : ces mutations et ruptures sont davantage d’ordre formel, alors que les transitions dont il est question ici peuvent même aller jusqu’à redéfinir la notion d’art. L’écologie constitue un fréquent point de ralliement des pratiques artistiques de transition – les activistes environnementalistes ont leur pendant chez des artistes qui se saisissent de la crise climatique, de la menace pesant sur la biodiversité ou encore de causes et d’enjeux environnementaux locaux pour construire des processus artistiques auxquels s’associent souvent des actions militantes. Cependant, le livre ne se limitera pas à l’écologie scientifique : adoptant, entre autres, une perspective guattarienne, il tentera d’articuler les questions d’écologie mentale et d’écologie sociale – au même titre que d’écologie environnementale – pour désigner les diverses modalités avec lesquelles l’art d’aujourd’hui redéfinit les processus de subjectivation ainsi que l’émergence de collectifs, questionne les affects ou les relations au « corps », se focalise sur l’écoute, s’interroge sur la notion d’auteur…

Constituant l’aboutissement du projet Labex Arts H2H (2017-19) Arts, écologies, transitions. Construire une référence commune, ce livre souhaite proposer un objet précis au réseau que ce précédent projet a commencé à tisser. Sous sa forme papier, il paraîtra en anglais ; une version internet en français (et éventuellement en anglais), enrichie de multiples documentations multimédia, sera également proposée. Les auteurs retenus sont pour moitié issus de Paris 8, illustrant l’effervescence artistico-théorique propre à cette université. Mais des spécialistes extérieurs à l’université sont tout autant convoqués afin de confirmer la volonté de faire référence commune.

 

Le cadre commun du livre est le suivant :

1. Abécédaire plutôt que dictionnaire ou atlas : un projet non pas encyclopédique, recherchant une neutralité ou une universalité, mais au contraire, un projet affirmant un point de vue, des priorités, des choix. Le format abécédaire donne une liberté (nombre d’entrées par lettre), une identité plutôt ludique qu’académique.

2. Manifeste plutôt que livre de spécialistes : il s’agit d’affirmer, à la fois dans une introduction « sonnant » comme un manifeste, et dans les choix d’entrées, et leur mode de rédaction, un point de vue, des valeurs, des axes principaux. Le catalogue des entrées est donc pensé à l’aune de ce point de vue « partial » mais explicite (explicité par l’introduction).

 

Par ailleurs, ce livre possédera les caractéristiques suivantes :

1. Positionnement écosophique (croisement des écologies) : ce qu’il s’agit de défendre, c’est, systématiquement (qu’il s’agisse d’une entrée conceptuelle, historique, esthétique, etc.), la non séparabilité des dimensions environnementale/sociale/mentale…

2. Positionnement international : l’importance de la notion de manifeste se situe aussi ici : les analyses anglophones touchant à art et l’écologie sont en général circonscrites à la question environnementale : la perspective écosophique en est absente. Il s’agira donc d’entrer dans ce champ de débats pour y apporter une perspective « alternative » (l’écosophie).

 3. Un abécédaire notionnel, caractérisé par deux types d’entrées : par thèmes ou concepts ou notions ; par discipline artistique ou domaine artistique en transition (ex. : promenades, art documentaire, etc.). Il n’y aura donc pas d’entrées par artiste, par œuvre, par auteur (théoricien). En renonçant à ces entrées, nous rejetons l’approche aujourd’hui encore dominante modélisée par le discours sur les artistes et leurs œuvres comme les seuls lieux de génie, d’invention, et qui fait de l’artiste un sujet hors du commun. Cela ne signifie pas que les artistes et les œuvres seront absents de l’abécédaire ; au contraire, ils devront être pris en compte dans la rédaction des notices notionnelles ; un index des noms propres, en fin d’ouvrage, permettra de cartographier les artistes/œuvres présents, et permettra aussi, plutôt que de canoniser certains par une entrée spécifique, de disséminer leur présence, les pratiques d’un même artiste pouvant servir d’exemple ou d’incarnation dans plusieurs notices.

4. Une approche par les pratiques : on s’intéresse plus aux pratiques artistiques qu’aux « œuvres » (au sens réifiant du terme). Lorsqu’une figure singulière s’impose (artiste canonique ou marginalisé, œuvre spécifique), on s’interrogera sur les milieux et les communautés qui la font émerger, la soutiennent ; les « figures » sont donc abordées selon une perspective écologique. Des pratiques artistiques émergeantes et non assignées à la figure d’un auteur et de ses œuvres ont leur place à part entière autant que celles des artistes légitimés.