Séminaire « Écritures et interprétation de la musique »

Écritures et interprétation de la musique
Séminaire doctoral ouvert aux étudiant.e.s de Master
Équipe Cisi (Composition, interprétation, scènes et improvisation)
Responsables :
Direction : Giordano Ferrari, Jean-Paul Olive
Communication : Héctor Cavallaro

Contact : giordano.ferrari@univ-paris8.fr, jean-paul.olive@univ-paris8.fr, info@hectorcavallaro.com

Ce séminaire aborde l’écriture musicale comme noyau de réflexion traversé par l’infinité d’enjeux que porte avec soi le phénomène musical. Encadré dans les activités de l’équipe Cisi, cet espace de partage de recherches est voué à la compréhension et à l’interrogation des œuvres ainsi qu’aux processus de création, composition, interprétation et improvisation qui les rendent possibles. Entre esthétique et analyse, au centre des communications hétérogènes proposées se trouve une conception large de la création musicale, dans l’idée que la réflexion sur un domaine permet la complexification de la pensée pour un autre. En somme, ce séminaire doctoral ouvert aux étudiant.e.s de Master se veut un lieu de rencontre et de réflexion musicale et musicologique critique, où la notion même d’écriture est non seulement ciblée mais questionnée et renouvelée en permanence.

Séance du 5 décembre 2020

Regards sur « Vers une musique informelle » de Th. W. Adorno – Jean-Paul Olive

« Vers une musique informelle » est un des textes théoriques importants d’Adorno sur la musique ; édité au sein du recueil Quasi una fantasia en 1963, il définit, sans jamais être programmatique, un certain nombre de déterminations qui pèsent sur la composition musicale dans les années 60 et réfléchit à un certain nombre de conditions permettant à la musique de conserver sa potentialité d’utopie et de liberté. Nécessairement, la lecture d’un texte si dense nous a amenés à faire des choix de problématiques et c’est sur la thématique du comportement compositionnel que nous nous sommes penchés plus particulièrement ; la question des relations entre sujet et objet ayant été au centre de la pensée d’Adorno, la musique fut assurément pour lui un champ particulier et fructueux à cet égard. La liberté de l’imaginaire, la confrontation au matériau, la question du sens et de l’écriture sont autant de dimensions présentes et questionnées dans ce texte qui ne propose pas de réponse affirmative mais ouvre à l’interrogation sur l’écoute et la pratique musicale.

Séance du 17 décembre 2020

L’ouverture de l’œuvre selon Umberto Eco – Giordano Ferrari

Dans le cadre de cette intervention, nous avons proposé une lecture de l’essai d’Umberto Eco L’œuvre ouverte (Bombiani 1962, Seuil 1965). Tout d’abord, nous avons dessiné le contexte historique dans lequel le livre a été écrit (Studio de Phonologie de la RAI de Milan à la fin des années 1950), et le rôle que celui-ci a pris dans le parcours de recherche du philosophe et sémiologue italien. Après être revenus sur le concept central du livre, celui de la poétique de l’œuvre ouverte, d’avoir effectué les distinctions avec l’œuvre en mouvement et, surtout, donné une perspective de ce qui porte comme vision moderne de l’œuvre, nous avons esquissé un parcours sur les thématiques qui touchent plus directement les questionnements de l’écriture musicale des années 1960. Nous avons donc rappelé la définition de poétique selon Eco, mais surtout la distinction entre « signification » et « information » sur laquelle se forme l’idée d’« informel » que l’auteur même utilise pour déchiffrer les dynamiques communicatives de l’écriture post-sérielle.

Séance du 28 janvier 2021

John Cage : nature, histoire, silence – Héctor Cavallaro

Les trois axes qui conforment ce court cycle – nature, histoire, silence – visent à créer un dialogue entre le compositeur états-unien John Cage et le compositeur italien Luciano Berio.

Dans cette séance, ces catégories ont été abordées à plusieurs niveaux de complexité. Ainsi, de l’éloge de la nature dans les écrits de Cage nous passons à sa musique elle-même, d’où émerge une « apparence » de nature compréhensible cette fois-ci selon l’idée du « plan d’immanence sonore », dont parlent Deleuze et Guattari, ou encore celle d’une « musique de l’immanence » comme l’appellerait Adorno. Également, la catégorie de l’histoire a été citée en distinguant entre, d’un côté, ce qui peut paraître un « anti » ou « post » matérialisme historique chez Cage et, malgré cela, d’un autre côté, l’usage de certains matériaux historiques dans une œuvre comme Apartment House 1776 (1976), écrite pour le bicentenaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis. De même, le silence dans 4’33’’ a été évoqué au niveau de la « limite abstraite » ou « membrane sensible » dont parle David Lapoujade, et puis, au-delà de 4’33’’, au niveau de l’évolution du silence en tant que présence articulante dans les pièces écrites selon la technique du « gamut ». Enfin, un parcours analytique de certaines pièces nous a permis d’interroger quelques hypothèses autour du silence en tant qu’« océan métaphysique », dans les mots d’Andrés Levell, et en tant qu’« utopie » capable de déclencher, telle une force attirante mettant en mouvement la matière musicale, ce que nous avons nommé via Le pli de Deleuze une « cinématique de la tangente ».

Séance du 11 février 2021

Luciano Berio : nature, histoire, silence – Simon Marsan

Les trois axes qui conforment ce court cycle – nature, histoire, silence – visent à créer un dialogue entre le compositeur états-unien John Cage et le compositeur italien Luciano Berio.

Parler de la musique de Luciano Berio à travers les axes Nature-Histoire-Silence, relève d’un discours sur la multiplicité. Au-delà de leur terminologie, ces trois axes semblent regroupés par un engagement politique de la part de Berio. À travers des exemples variés — Visage (1961), Passaggio (1962), Laborintus II (1965), Sinfonia (1968), La vera storia (1978) —, l’objectif de cette intervention est de mettre en exergue la manière dont Luciano Berio organise et révèle son engagement social dans ses œuvres. L’Histoire, centrale dans le titre donné à l’intervention comme dans la pensée de Berio, est un carrefour où la nature sociale, en tant qu’habitus selon Bourdieu, est compromise par le silence qui lui répond, faisant de l’Histoire même un phénomène en perpétuel mouvement incroyablement riche qu’il convient d’observer à travers sa non-linéarité comme proposé par Lévi-Strauss dans Race et histoire. Si chacune des œuvres tente de mettre en évidence des préoccupations historiques et sociales, celles-ci semblent condensées dans un phénomène de répétition parfois concentré dans l’absence de réponse par le silence.