Pour la Paix : un concert Xenakis


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Lundi 16 mai 2022 - 19h
Amphi X - Université Paris 8
2 Rue de la Liberté, 93526 Saint-Denis
Métro Saint-Denis Université - ligne 13
Entrée libre dans la limite des places disponibles


 
Dans le cadre du centenaire de la naissance de Xenakis, le projet ArTeC « Habiter (avec) Xenakis » organise un concert invitant à le découvrir sous plusieurs angles : pièces de jeunesse et pièces de maturité, univers sonores instrumental, vocal, électronique et mixte, références à la sciences et engagement politique…
 
Le concert sera suivi d’un débat avec les musiciens, Mâkhi Xenakis et Makis Solomos.
 
Au programme :
Six chansons (1950-51, piano, arrangement de chansons populaires)
Nuits (1967-1968, pour 12 voix mixtes a cappella)
Voyage absolu des Unari vers Andromède (1989, bande UPIC)
Pour la paix (1981-82, pour récitants, chœur mixte et bande UPIC)
 
Ensemble vocal Soli Tutti, direction Denis Gautheyrie
Réalisateurs en informatique musicale : Ulysse Del Ghingaro (Pour la Paix), Paul Goutmann (Voyage absolu…)
Piano : Arnau Gran Romero
Régie son : Cédric Namian, Aurélien Bourdiol
 
Six chansons pour piano (1950-51, piano, arrangement de chansons populaires)
Xenakis a reconnu Metastaseis (1953-54) comme son opus 1. Cependant, il n’a pas détruit ses œuvres antérieures qui, progressivement, ont été découvertes et pour la plupart jouées pour la première fois après sa mort. Elles sont souvent dans un style bartókien, tentant de concilier références à la tradition populaire et éléments d’avant-garde. C’est le cas des Six chansons pour piano, qui ne sont pas des compositions originales, mais des arrangements de chansons et danses populaires. Voici le nom des six pièces : 1) Ça sent le musc ; 2) J’avais un amour autrefois ; 3) Une perdrix descendait de la montagne ; 4) Trois moines crétois ; 5) Aujourd’hui le ciel noir est noir ; 6) Sousta (une danse).
 
Nuits (1967-1968, pour 12 voix mixtes a cappella)
Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 avril 1967, une centaine de tanks s’emparent d’Athènes : c’est le coup d’État des Colonels. Exilé politique en France, du fait de son engagement communiste pendant la guerre civile grecque aux lendemains de la seconde guerre mondiale, Xenakis – qui ne pourra retourner en Grèce qu’à la chute de la dictature, en 1974 – ne pouvait pas ne pas penser à ses anciens camarades (dont Kostas Philinis, son camarade de l’université polytechnique qui, comme lui, s’intéressait à la théorie des jeux) que les Colonels renverront une fois de plus derrière les barreaux ; c’est pourquoi il leur dédie cette œuvre, de même qu’aux prisonniers des dictatures portugaise et espagnole de l’époque. Cette dédicace fait donc partie de la musique, elle oriente l’écoute : lamentations du début, toux sèche de prisonniers à la toute fin… Mais, de même que Xenakis a su survivre à sa blessure grâce à son extraordinaire force de vie, Nuits dépasse la lamentation et donne envie de changer le monde, le monde musical pour commencer, avec ses extraordinaires inventions sonores : unissons déviés, glissandi ponctuels sur des phonèmes nasals, sifflements, transformations de phonèmes… Le public de la première – la pièce a été créée un mois avant mai 68 – ne s’y est pas trompé : il l’a bissée.
 
Voyage absolu des Unari vers Andromède (1989, bande UPIC)
Cette pièce a été composée pour l’inauguration d’une exposition internationale de cerfs-volants à Osaka – les unari sont des cerfs-volants japonais. Mais pourquoi Andromède ? « Il s’agit d’un voyage spatial dans un lointain avenir vers la galaxie Andromède, avec des épisodes pendant les traversées des espaces sidéraux », nous dit Xenakis. Pour une fois, ce ne sont pas les formules mathématiques ou les images empruntées à la physique qui l’intéressent, mais la pure poésie de la science-fiction… Les sons de la pièce ont été composés sur le synthétiseur inventé par Xenakis, l’UPIC, un outil typiquement xenakien, qui permet de dessiner le son (microtemps) comme les formes musicales (macrotemps). La bande est stéréo, mais Xenakis spécifie qu’elle doit être diffusée par plusieurs haut-parleurs reliés en diagonale. D’où la version de ce concert qui – travaillée en premier pour le diffusion qui en a été faite au planétarium de la Cité des sciences – expérimente une spatialisation plus poussée.
 
Pour la paix (1981-82, pour récitants, chœur mixte et bande UPIC)
Pour la paix est l’unique œuvre radiophonique de Xenakis, d’où le fait que c’est l’unique pièce – si l’on excepte son Orestie, mais qui est chantée en grec ancien – où le texte est si important. Xenakis compose ce dernier en montant des extraits de deux livres de sa femme, Françoise Xenakis. L’histoire racontée, extrêmement poignante, a poussé Xenakis, qu’on accuse parfois d’être trop abstrait, de composer des sons UPIC très illustratifs. Il y a aussi mis son propre vécu : après l’explosion finale, les sons UPIC sont constitués de glissandi qui rappellent Metastaseis, pièce où il évoque les sonorités de la guerre et du début de la guerre civile, où il a failli mourir. Quant au chœur, c’est l’élément « musical » de l’ensemble, il chante sur de purs phonèmes une composition solfégique (ni calculée ni dessinée sur du papier millimétré, mais pensée directement sur le papier à musique) très expressive. Tout l’enjeu de la performance de ce soir est de donner de cette œuvre une version de concert pour chercher un équilibre fait de tensions contenues entre ses trois éléments si hétérogènes, les récitants, le chœur et les sons UPIC.
 
Makis Solomos