Claude Debussy, montage et démontage de l’espace et du temps

Colloque Debussy
jeudi 25 et vendredi 26 octobre 2018
Responsables : Jean-Paul Olive et Muriel Joubert

Après un siècle d’usure, alors que les imitations faciles et les exploitations innombrables ont appauvri notre relation à cet exceptionnel art des sons qu’est l’écriture de Claude Debussy, il semble important, voire essentiel, de revenir aujourd’hui sur l’originalité et l’invention de cette musique qui a ouvert tant de pistes pour la création musicale actuelle. En effet, mu par une imagination poétique exceptionnelle, Claude Debussy, sans abandonner en apparence le langage musical de son époque, en a transgressé tous les éléments, déployant la faculté essentielle de la musique, celle-là même qui tisse des liens entre la nature et l’imagination. 

Nous proposons quatre axes principaux pour approcher à nouveau cette musique et en effectuer une relecture.

 

1) Poétique et technique – les processus de composition chez Debussy

 

Fragmentation de la matière sonore, duplication, montage de plans, travail des résonances, des accords et des échelles : il existe toute un ensemble de processus d’écriture chez Debussy qui lui permettent de détourner le matériau traditionnel. Ces procédures ne sont pas seulement techniques, elles sont intimement liées à la poétique propre du compositeur, proche non seulement du courant impressionniste, mais aussi et surtout des poètes symbolistes. 

Il s’agira non seulement de réfléchir aux différentes manifestations de ces processus dans la musique de Debussy, mais aussi au contexte complexe de la pensée et des arts : évolutions techniques et scientifiques, pensées philosophiques et révolutions artistiques (arts plastiques et littéraires, cinéma) de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. 

 

2) Unité / hétérogénéité, continuité / discontinuité

 

La technique d’écriture chez Debussy induit-elle forcément la discontinuité ? Tout dépend à quel niveau sémiologique on se place. La composition par bloc, dénuée de transition, parfois résumée à de simples figures qui s’exécutent dans des configurations raréfiant la prévisibilité, génère souvent chez l’auditeur une impression de discontinuité, où l’instant prédomine. Pourtant, à la manière de l’effet Koulechov, le sens – voire la continuité – se crée.

Et cela d’autant plus que le compositeur prévoit dans son œuvre l’unité, ainsi que Barraqué le montre dans son analyse de La Mer. La « forme ouverte » qu’il y détecte consiste en un « procédé de développement dans lequel les notions mêmes d’exposition et de développement coexistent en un jaillissement ininterrompu, qui permet à l’œuvre de se propulser en quelque sorte par elle-même, sans le secours d’aucun modèle préétabli ». 

Il s’agira alors de déterminer dans quelles mesures les contraires (continuité/discontinuité, unité/hétérogénéité) s’associent dans l’esthétique debussyste.

 

3) L’oreille et l’écoute, le corps et le geste instrumental

 

La musique de Debussy, par de multiples aspects subtils, transforme l’oreille de celui qui sait l’écouter : par sa richesse des couleurs sonores et son nouvel usage des timbres, par la transformation de l’harmonie et de sa fonction, par l’invention plastique qui renouvelle les courbes et les plans, par son libre déroulement qui cisèle la différenciation des moments, elle place l’auditeur devant une expérience propre à renouveler sa relation à la nature dont Debussy a si bien réussi à capter les forces.

Placé devant la tâche de transcrire cet imaginaire (une musique que Debussy voulait vibrant dans le plein air), l’interprète — au premier chef le pianiste — est amené à renouveler les gestes instrumentaux ; c’est cette dimension qu’on souhaiterait voir approfondir dans cet axe, particulièrement à travers les Préludes, les Etudes et les dernières Sonates.

 

4) Après Debussy : un héritage de la couleur, du timbre, de l’espace

 

Après la mort de Debussy, les compositeurs français continuent de trouver dans l’écriture par juxtapositions un antidote contre l’effusion romantique : à la suite des blocs de Stravinski, le néoclassicisme de Poulenc ou Milhaud opte pour un certain type de montage, marquant la distanciation.

Dans la lignée plus directe de Debussy, des compositeurs comme Messiaen ou Dutilleux conçoivent des temporalités et des espaces structurés par associations (superpositions ou juxtaposition) de fragments. L’alchimie (chez Messiaen) ou le sens narratif (Dutilleux) ressurgissent néanmoins à travers leurs écritures. D’autres compositeurs, comme Takemitsu ou Ohana, sont fortement influencés par le timbre, le travail du son et certains aspects de l’imaginaire dérivé du symbolisme. Sans prétendre à l’exhaustivité, bien sûr, cet axe cherche à faire apparaître des modèles de composition librement hérités de Debussy.

 

Jean-Paul Olive (MusiDanse, Paris 8), jean-paul.olive@univ-paris8.fr

Muriel Joubert (Passages XX-XXI, Lyon 2), muriel.joubert@univ-lyon2.fr

 

Participants : 

Julian Johnson

Christian Accaoui

Marie Pierre Lassus

Léo Larbi

Olga Moll

Jean Paul Olive

Jean-Claire Vançon (Pôle sup 93) (remplacé par J. François Boukobza

Sylveline Bourion

François Delécluze

Denis LeTouzé

Muriel Joubert

Benjamin Lassauzet

Francesco Spampinato

François Delalande

Didier Guigues

Makime Joos

Joseph Delaplace